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Tendances

Christine Lagarde veut passer en revue la stratégie de la Banque centrale européenne

La Banque centrale européenne va s’assurer au cours des prochains mois que les indicateurs et les outils utilisés pour mener sa stratégie à bien sont toujours appropriés.
Février 2020

La présidente de la Banque centrale européenne a brossé un tableau plutôt rassurant de la situation économique. Constatant que les outils monétaires utilisés ne portaient pas toujours leurs fruits, elle a lancé un chantier d’inspection des objectifs et des moyens de l’institution. Une décision que Frédéric Rollin, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet Asset Management, accueille comme une bonne nouvelle.

La réaction des marchés était modérée après les annonces de Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne. Lors de sa deuxième conférence de presse depuis son entrée en fonction, ses propos n’ont pas vraiment surpris.

Le ton employé se voulait neutre : Christine Lagarde a bien précisé qu’elle avait ses opinions, mais que sa position de présidente l’invitait à rester consensuelle. En décembre dernier, elle annonçait vouloir adopter la posture de la chouette, animal réputé pour sa sagesse. Pour marquer cette position, elle arborait sur sa veste une petite broche en forme de chouette.

Des signaux économiques plutôt rassurants

Les nouvelles de la Banque centrale européenne sur le front économique sont plutôt rassurantes : les experts observent, à court terme, quelques signes de hausse modérée de l’inflation, et les risques sur la croissance, qui pouvaient peser en raison du climat de guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, sont aujourd’hui moins prononcés après la signature d’un accord temporaire entre les deux États. La présidente parlait donc de « soft stabilization ».

Mais c’est surtout sur la revue stratégique annoncée par la Banque centrale européenne que Christine Lagarde était attendue : il s’agit de la première remise en question de la BCE depuis 2003. Les travaux doivent durer une année et vont porter sur plusieurs sujets importants. « Nous déterminerons comment nous agissons, comment nous mesurons, quels sont les outils à notre disposition et comment nous communiquons », a détaillé la présidente.

Une politique de taux négatifs très critiquée

Les objectifs de la BCE

Aujourd’hui, l’objectif de la Banque centrale européenne est de maintenir l’inflation à un niveau inférieur ou égal à 2%. Est-ce un objectif à maintenir, sachant que ce niveau n’a pas été atteint depuis sept ans ? Que faire si une année de faible inflation est suivie d’une autre année d’inflation qui dépasse se seuil ? Faut-il réellement s’en alarmer ? Par ailleurs, la Banque centrale européenne a affirmé qu’elle tâcherait aussi de revoir le mode de calcul de l’inflation.

Les outils de la BCE

Les politiques monétaires accommodantes sont impuissantes, depuis plusieurs années, à faire remonter l’inflation. La politique de taux négatifs est très critiquée, et elle impacte réellement les économies. Elle pénalise les banques qui sont moins enclines à prêter aux entreprises, et elle a un effet pervers sur la consommation. En effet, pour compenser la baisse des rendements de leur épargne, lorsque les taux sont faibles, les ménages augmentent leur niveau d’épargne, ce qui réduit les montants consacrés à la consommation.

L’environnement

Un débat aura lieu sur la place de la lutte contre le réchauffement de la planète dans la stratégie de la BCE. « Je suis consciente du danger de ne rien faire et je pense que ne pas essayer est en soi un échec », a poursuivi la présidente. Parmi les nouveaux outils régulièrement envisagés figure un « green deal » : le financement des grands projets nécessaires à la mutation écologique de la zone euro. Si le sujet sera attentivement étudié, Christine Lagarde a été très claire : il n’est pas question qu’une intervention de la BCE exonère les États de prendre leur part de responsabilités dans ces chantiers.

Les budgets des États

La BCE, qui doit théoriquement conserver une certaine neutralité sur la question, pourrait s’engager davantage au cours des prochaines années en poussant les États à mener des politiques fiscales plus promptes à financer la relance.

Pour Frédéric Rollin, conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet Asset Management, « cette revue stratégique, la première en presque vingt ans, semble être une bonne chose dans un monde en constante évolution. C’est un gros chantier, mais il ne faut pas en concevoir d’attentes démesurées. Les grandes réflexions n’aboutissent pas toujours à des idées révolutionnaires ! »

Points essentiels à retenir

  • Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne, tenait jeudi 23 janvier une conférence de presse.
  • Les signaux sur le plan économique lui semblent plutôt rassurants, les indicateurs de croissance sont meilleurs.
  • La Banque centrale européenne va procéder à un examen attentif de son environnement et de sa stratégie. Dès la fin de 2020, elle pourrait effectuer des ajustements, car sa politique de taux bas, très décriée, n’est peut-être pas la plus appropriée pour relancer la croissance.