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BCE, fin de l’ère Draghi: les défis des huit ans de mandat

Novembre 2019

La reprise après la crise, l’assouplissement quantitatif, l’inflation et la robustesse de l’euro. Entre détracteurs et partisans, voici les actions entreprises par l’ancien numéro un de l’Eurotower.

L’ère Draghi s’est achevée le 31 octobre 2019. Après huit ans, la Banque centrale européenne se dote d’une nouvelle présidente, Christine Lagarde. Huit années au cours desquelles Mario Draghi a révolutionné la BCE et son rôle, inaugurant de nouveaux instruments d’intervention et relevant des défis tels que la crise économique et la tenue de l’euro.

Les nouveaux instruments de la BCE

Les actions de Draghi ont divisé les opinions. À la fois loué (au cours des dernières semaines de son mandat, par Donald Trump par ailleurs) et critiqué (notamment par l’Allemagne et la Bundesbank), l’ancien président de la BCE est néanmoins reconnu de tous comme un innovateur dans son rôle. Il est allé bien au-delà de la révision traditionnelle des taux de référence et a lancé une série d’instruments, allant des prêts bonifiés aux banques (pour faire circuler les liquidités) aux taux négatifs. Mais son nom est surtout associé à l’assouplissement quantitatif, c’est-à-dire à l’achat d’obligations d’État.

« Spread » et emploi

Pour les défenseurs de Draghi, les interventions massives de ce type ont eu le mérite de réduire le spread, soulageant ainsi la pression sur les obligations d’État périphériques en accordant ainsi aux gouvernements une marge de manœuvre accrue. Selon le Financial Times, la mise en circulation de liquidités et le soutien apporté aux obligations d’État ont également eu un impact positif sur le taux de chômage européen, qui est tombé bien en dessous des niveaux de la période d’avant crise au cours du mandat de Draghi.

Tout pour l’euro

Les efforts de Draghi ont porté sur la tenue de la monnaie unique. Non seulement au moyen d’une politique qui a contenu sa valorisation, mais surtout par des actions et des déclarations visant à souligner l’irréversibilité de l’euro. Dans cette optique, son discours le plus célèbre est celui de juillet 2012, qui est entré dans l’histoire sous le nom de « Whatever it takes ». Le président de la BCE y déclarait qu’il ferait « tout ce qu’il faudra » pour sauver l’euro. Un message financier, mais également politique.

L’inflation

Ses détracteurs soulignent qu’en introduisant des instruments jamais utilisés auparavant par la BCE, Draghi a dépassé les attributions dont dispose un président de la BCE. À cet égard, ils mentionnent le cas de l’inflation. En effet, le mandat ne poursuit qu’un seul objectif explicite : non pas alléger la pression sur les États membres ou assurer la tenue de l’euro, mais contrôler les prix et maintenir une inflation proche, mais non supérieure, à 2 %. Un objectif que Draghi n’a pas réussi à atteindre, étant donné qu’il est resté à des niveaux inférieurs. Pour ses détracteurs, il s’agit là d’une confirmation d’échec, car il ne s’est pas centré sur ce pour quoi un président de la BCE est désigné. Les données sont irréfutables, mais pour ses défenseurs, la faible inflation réfute en partie les craintes suscitées par l’interventionnisme de Draghi (qui aurait provoqué une hausse des prix à cause des liquidités selon ses détracteurs). Au-delà des questions individuelles, cependant, une question de fond se pose : le banquier italien a-t-il dépassé le cadre traditionnel ? Il reste encore à le déterminer si cela s’est fait avec succès ou non.