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Placements

Baisse des taux : que faire de ses produits d’épargne réglementée ?

La rémunération du livret A ne compense plus l’inflation et il faut réserver ce placement à l’épargne de précaution.
Février 2020

Depuis le 1er février, le livret A est rémunéré à 0,5%. Un taux qui ne couvre plus l’inflation, et qui conduit les épargnants français à s’interroger : que doivent-il faire de tous ces produits d’épargne réglementée auxquels ils sont habitués ?

Depuis le 1er février, le taux de rémunération du livret A n’est plus que de 0,50% par an. Pour la plupart des Français, c’est un coup dur. Alors qu’ils ont épargné 14,2% de leur revenu en 2018, ce qui les place en deuxième position en Europe derrière les Allemands (source : Insee), leur effort n’est plus récompensé. Depuis 2017, le livret A ne couvre plus le niveau d’inflation, qui s’établit à 1,1% pour 2019 (Insee).

Pourtant, si l’épargne sans risque des Français est de plus en plus mal rémunérée, ce n’est pas sans raison : une partie de cette épargne est centralisée par la Caisse des dépôts, qui octroie des prêts à taux préférentiels à des organismes de logements sociaux. Le reste est placé par les banques, essentiellement dans des obligations d’Etat qui, elles, affichent des taux de rémunération… négatifs. Dans ces conditions, les établissements bancaires peuvent difficilement délivrer des intérêts très élevés.

Les épargnants français ont pourtant du mal à l’accepter, car l’épargne réglementée représente une part importante de leur épargne financière. Depuis toujours, ils privilégient les placements sans risque. Pour les spécialistes du patrimoine, il s’agit d’une grossière erreur : s’il est normal de mettre à l’abri une partie de ses économies, il faut aussi pouvoir en exposer une masse significative au risque, seule solution pour envisager une rémunération un peu plus élevée.

Le livret A doit être réservé à l’épargne de précaution

La sagesse voudrait que les épargnants ne logent dans les livrets et autres placements dits « sans risque » que leur épargne de précaution, soit l’équivalent de trois à six mois de salaire, déblocables immédiatement pour faire face à un coup dur. Il faut pouvoir acheter rapidement un billet d’avion pour se rendre au chevet d’un proche malade à l’étranger, ou remplacer une voiture en cas de panne subite et irréparable. Pour un salarié qui gagne 3 500 euros par mois, le montant d’épargne de précaution devrait se situer entre 10 500 et 21 000 euros, pas davantage.

Le reste de l’épargne, en théorie, est plutôt réservé à des projets de moyen ou de long terme : financer les études de ses enfants, se constituer un apport pour un achat immobilier, ou préparer sa retraite. Pour cette épargne de long terme, il est possible, et même recommandé, d’investir ses économies de façon plus dynamique, en misant, par exemple, sur le marché des actions. Certes, cela représente un risque de perte en capital, mais sur la durée, les actifs dans lesquels l’épargnant investit retrouvent de la valeur et s’apprécient. Au bout du compte, entre la rémunération (les dividendes) et la plus-value, les gains sont nettement plus élevés. Pour ces placements, il faut avoir du temps devant soi, et des nerfs un peu solides pour ne pas avoir la tentation de tout vendre lorsque les marchés baissent.

Mais les Français n’aiment pas prendre de risques avec leurs finances et préfèrent laisser leurs économies sur des livrets faiblement rémunérés, ou dans les fonds en euros des contrats d’assurance vie. Pire, ils laissent dormir leur argent sur leurs comptes de dépôt, faute de mieux. Au deuxième trimestre 2019, plus de 11,25% de leur épargne était logée dans des comptes de dépôts, soit 594,5 milliards d’euros (source : Banque de France).

Il ne faut pas se fier aux plafonds de dépôts des livrets, qui sont très élevés

Pour l’épargne de long terme, on l’a vu, il existe d’autres placements mieux rémunérés, comme la Bourse ou l’immobilier. Mais pour l’épargne de précaution, trois produits réglementés existent. Ils offrent une rémunération très basse mais ne supportent aucun impôt et aucun prélèvement social. Ils sont faciles d’utilisation et permettent de récupérer son épargne, en cas de besoin, instantanément.

  • Le livret A offre 0,50% d’intérêts annuels et permet de placer jusqu’à 22 950 euros. La rémunération s’effectue selon la règle des quinzaines. Pour générer des intérêts, l’argent doit être présent sur le livret pendant une quinzaine complète. Il faut donc le déposer avant le 1er de chaque mois et l'y laisser au moins jusqu’au 16 de ce mois-là (première quinzaine). Pour être rémunéré pendant la deuxième quinzaine, l’argent doit arriver sur le compte avant le 16 de chaque mois et y rester jusqu'au premier jour du mois suivant. A chaque quinzaine, l'établissement bancaire enregistre des intérêts, qui correspondent au taux annuel divisé par 24, et qui sont versés sur le compte le dernier jour de l'année.
  • Le LDDS, livret de développement durable et solidaire, qui offre 0,50% d’intérêts, peut recueillir jusqu’à 12 000 euros. Il est aussi rémunéré selon la règle des quinzaines.
  • Le livret d’épargne populaire (LEP) est mieux rémunéré puisqu’il propose 1% d’intérêts annuels. On ne peut l’ouvrir que sous conditions de ressources. Pour y avoir droit, il faut afficher un revenu fiscal de référence n’excédant pas 19 977 euros pour une personne seule, 30 645 euros pour un couple et 41 313 euros pour un couple avec deux enfants. Le plafond des dépôts y est de 7700 euros.

On le voit, les plafonds de dépôts de l’épargne réglementée sont élevés. Une personne à faible ressources peut épargner jusqu’à 42 650 euros, un épargnant plus aisé peut déposer jusqu’à 34 950 euros. Ces plafonds sont trop élevés pour une simple épargne de précaution, et ils ne doivent pas servir de référence aux épargnants.

En conclusion

L’épargne réglementée est de plus en plus mal rémunérée. Cette situation désole les Français mais ne les a pas encore poussés à épargner autrement pour leurs projets de long terme. Une habitude ancrée, mais regrettable, car ils passent à côté d’une meilleure rémunération. Il faut réserver le livret A et l’épargne réglementée aux coups durs.