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Société

Les investisseurs particuliers peuvent-ils tenir compte du droit des femmes ?

Les droits des femmes et l’égalité hommes-femmes sont difficiles à prendre en compte dans une stratégie globale d’investissement.
Mars 2020

Les investisseurs responsables devraient pouvoir utiliser le critère de l’égalité hommes-femmes pour sélectionner leurs titres. Pourtant, ces critères sont difficiles à lire, et ils se perdent dans la masse des autres indicateurs environnementaux, sociaux et de gouvernance.

La lutte contre les inégalités entre femmes et hommes, mise en avant le 8 mars pour la Journée internationale des Droits des Femmes, est un travail de longue haleine. Les épargnants peuvent avoir envie d’encourager les progrès en privilégiant l’investissement dans des entreprises qui s’engagent sur ce sujet.

Pourtant, si cette intention des investisseurs est louable, elle est encore difficile à mettre en œuvre. Certes, les conseils d’administration des entreprises comptent aujourd’hui beaucoup plus de femmes. La loi Copé-Zimmermann y obligeait déjà depuis le 1er janvier 2017 toutes les entreprises de plus de 500 salariés : si les femmes ne représentent pas au moins 40% des membres des conseils, les administrateurs s’exposent à ne plus recevoir leurs jetons de présence et à se voir refuser la nomination de nouveaux membres. Le 1er janvier 2020, cette obligation a été étendue aux entreprises de plus de 250 salariés.

La féminisation des conseils d’administration, un critère insuffisant

Ainsi, les investisseurs savent que lorsqu’ils achètent des actions d’une société française cotée, une partie de la gouvernance est aujourd’hui largement féminisée. Pourtant, remplir ce critère est loin d’être suffisant pour pouvoir prétendre à un respect de l’égalité des droits entre les hommes et les femmes.

« Féminiser les conseils d’administration, c’est bien, mais cela ne suffit pas », explique Eric Borremans, responsable ESG chez Pictet Asset Management. « Il faut aussi regarder si les directions générales sont féminisées et quelle est la répartition hommes-femmes dans les strates N-1, N-2 et N-3. C’est uniquement en observant ces niveaux-là que l’on verra si le mouvement de lutte contre les inégalités s’est concrétisé dans les entreprises », poursuit-il. D’ailleurs, plusieurs fonds communs de placement ont vu le jour en 2019 pour investir exclusivement dans les entreprises dont le management est très féminisé.

Si les dirigeants des sociétés sont assez exposés et assez visibles, et qu’il est donc aisé de faire les comptes, c’est à tous les étages d’une entreprise qu’il faudrait pouvoir établir un bilan. Et au-delà de la présence de femmes dans l’entreprise, d’autres critères doivent être pris en compte. L’égalité salariale est-elle au rendez-vous ? Que fait l’entreprise pour améliorer la situation lorsque cela n’est pas le cas ? Quels sont les droits des femmes dans le pays où la société détient son siège ? Mais dès qu’ils élargissent le nombre de critères d’investissements pris en compte, les gérants de fonds communs de placement se heurtent à d’autres contraintes. « Il est difficile d’inclure ces critères dans une stratégie d’investissement globale, car cela mènerait à exclure intégralement certaines zones géographiques », explique Eric Borremans. Ainsi, le Japon, dont le gouvernement tente pourtant de favoriser l’arrivée des femmes au travail, se situe loin derrière beaucoup de pays en terme d’égalité des sexes. Le dernier classement du World Economic Forum de Davos, le « global Gender Gap report 2020», le place en…121ème position. Or, il est quasiment impossible de faire l’impasse sur les entreprises de l’Archipel. D’une façon plus générale, un portefeuille équilibré est investi dans toutes les régions du monde.

L’égalité homme-femmes est l’affaire de toutes les parties prenantes

Si les investisseurs sont trop précis dans leurs critères, ils doivent exclure certaines zones géographiques. Mais s’ils se fient aux critères « ESG », (environnementaux, sociaux et de gouvernance), leur grille d’évaluation est au contraire… trop imprécise. Les critères ESG sont imparfaits. « Ils sont tous dilués les uns par rapport aux autres, c’est une des faiblesses de ce système », observe Eric Borremans. « Il est possible de compenser de piètres performances dans un domaine par de bonnes performances dans un autre domaine ». Ainsi, une société peu soucieuse d’égalité salariale et de mixité dans sa direction générale peut afficher, par ailleurs, une très bonne dynamique environnementale et sociale, et être sélectionnée par le gérant.

Le critère des droits des femmes est donc encore difficile à lire et à intégrer dans les portefeuilles pour les investisseurs professionnels. Par ricochet, les particuliers, qui s’en remettent souvent à l’expertise des professionnels, ont du mal à le prendre en compte dans leur stratégie d’investissement.

Cela ne prive personne de poser des questions aux dirigeants d’entreprises sur le sujet des droits des femmes et de l’égalité hommes-femmes.

  • Les actionnaires, notamment par le biais de l’investissement à impact, peuvent demander des comptes.
  • Les salariés, peuvent aussi aider l’entreprise à avancer.
  • Quant aux consommateurs, grâce aux réseaux sociaux, ils peuvent poser des questions directement aux entreprises, mais aussi prendre à témoin d’autres consommateurs, pour pointer de bonnes, comme de mauvaises pratiques…

Avec le temps, ce sont toutes les parties prenantes qui peuvent avoir un impact en faveur d’une meilleure égalité hommes-femmes, et d’un respect plus grand des droits des femmes.

Points à retenir

  • Il est difficile pour les investisseurs de sélectionner leurs titres en fonction de l’égalité hommes-femmes observées dans les entreprises.
  • Les critères mis en avant par les entreprises, souvent concentrés sur les hautes sphères de la gouvernance, sont insuffisants.
  • En outre, ils sont dilués parmi une masse importante d’autres critères.
  • Il est donc difficile d’intégrer l’égalité hommes-femmes parmi les critères décisifs d’investissements. Mais les actionnaires comme les autres parties prenantes peuvent faire évoluer les entreprises.