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Mai 2019

Élections européennes : rien n'est moins sûr que l'incertain¹

Entre le 23 et le 26 mai, les membres de l'Union européenne éliront leurs représentants au Parlement. Les résultats des partis eurosceptiques seront cruciaux. S’ils deviennent la force la plus représentée, comme estimé dans certains sondages, ces derniers bousculeront l’agenda centriste de la zone, en refusant par exemple de ratifier le budget, en empêchant l’Europe de mener des actions contre les pays membres qui refusent de se conformer à sa politique, comme la Pologne et la Hongrie, ou encore en bloquant les négociations commerciales avec le Canada ou les Etats-Unis.

Mais les résultats devraient aussi avoir des répercussions locales d'une grande portée.

Dans de nombreux pays, des gouvernements pourraient tomber. D’autres mettront plus de temps à se former.

En Allemagne, les élections européennes donneront une mesure de la popularité des partis de la coalition. Angela Merkel a de l’avance, mais une performance décevante de l'Union chrétienne-démocrate pourrait la convaincre de quitter la scène politique avant 2021. Pire, une mauvaise performance électorale du Parti social-démocrate, une de plus, pourrait au final convaincre les membres du parti de quitter le gouvernement afin de se refaire une santé dans l’opposition. L’Allemagne se retrouverait alors avec un gouvernement minoritaire, ouvrant la porte à de nouvelles élections. La droite eurosceptique devrait dès lors progresser, rendant de nouvelles coalitions encore plus difficiles à négocier. 

En Italie, l'alliance entre le Mouvement Cinq Etoiles et la Ligue est de nature fragile, les deux partis peinant à s’entendre sur la plupart des sujets. Et les élections européennes déclenchent de nouvelles batailles, chacun cherchant à se différencier aux yeux de ses électeurs.
Les sondages sont en faveur de la Ligue. Elle pourrait obtenir plus de 30% des voix, soit environ 10 de plus que le Mouvement Cinq Etoiles et près de deux fois son score aux élections de l’an dernier2. Un tel score réveillerait les ambitions. Faudrait-il abandonner le gouvernement et déclencher de nouvelles élections pour obtenir un gouvernement majoritaire ? Les nerfs des marchés seraient alors mis à rude épreuve. 

Pour l’Espagne, le 26 mai sera une journée de vote particulièrement chargée. En plus de l'élection européenne, le pays organisera également des élections dans 12 de ses 17 régions et des élections municipales à Madrid, Barcelone et Valence. Le scrutin du 28 avril dernier a abouti à un Parlement fragmenté et il paraît clair que les partis retarderont la formation d'un nouveau gouvernement au moins jusqu'aux résultats du 26 mai.

La Belgique vivra un super-dimanche avec des élections fédérales et régionales en plus du vote européen. Les partis de l'extrême droite et de l'extrême gauche ont de bonnes chances d'obtenir de bons résultats. En Flandre, le parti d'extrême droite de Vlaams Belang se situe actuellement aux alentours de 10%, en forte progression par rapport aux dernières élections de 20142. Le Parti du Travail de Belgique, d’extrême gauche, pourrait quant à lui obtenir d’excellents scores en Wallonie francophone. 
Les élections sont donc susceptibles d'engendrer une plus grande division au sein du Parlement. Notons au passage que 366 listes ont été inscrites aux élections cette année. Suivront probablement plusieurs mois de négociations pour la formation d’un gouvernement. Une tradition belge : entre 2010 et 2011, le pays a passé 541 jours sans gouvernement élu, un record mondial à l'époque2.

En France, La République En Marche et le Rassemblement National sont au coude à coude. Au cours des derniers mois, Emmanuel Macron a cherché à regagner l’initiative politique en annonçant des réductions d'impôt et des hausses des dépenses, mais il n'est pas certain que cela suffise. Une faible performance de son parti pourrait compromettre les plans de réforme des retraites et du secteur public.  

En Pologne, les élections européennes donneront un avant-goût des élections législatives en octobre. Le parti nationaliste et eurosceptique Droit et Justice au pouvoir reste populaire, mais certains partis d'opposition importants ont décidé d'unir leurs forces aux élections européennes. Si leur stratégie réussit en mai, les partis antigouvernementaux pourraient maintenir leur alliance jusqu’en octobre. Le vote de mai sera donc crucial pour l'avenir des relations entre Varsovie et Bruxelles.  

Ironiquement, le Royaume-Uni participera au scrutin alors même qu’il prépare sa sortie de la zone. Les sondages suggèrent que le Parti du Brexit, qui exige un Brexit dur, pourrait remporter les élections avec environ un tiers des votes. Le Parti travailliste arrive loin derrière. Les Conservateurs sont seulement troisièmes, un grand nombre de leurs électeurs préférant désormais le Parti du Brexit. Si les résultats confirment ces prédictions, les Conservateurs pourraient renverser Thérèsa May et trouver un nouveau souffle avec un Brexiteur plus convaincu. La probabilité d’un Brexit dur en serait alors augmentée. 

Les élections de mai vont encore renforcer les incertitudes quant à l’avenir de l’Europe, que ce soit la zone dans son ensemble ou chaque pays pris séparément. Rien ne semble plus sûr…

[1] Pierre Dac, L’os à moëlle
[2] The Guardian, 5 mars 2018, « Italian elections 2018 - full results » ; Financial Times, « EU parliament elections : country-by-country poll tracker », 15 mai 2019; IBZ résultats officiels, mai 2014; La presse.ca “541 jours et un gouvernement pour la Belgique”, 7 décembre 2014.