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États-Unis : Les 100 premiers jours de Joe Biden

Avril 2021

Les 100 premiers jours de Biden : "Sleepy Joe" ou Speedy Joe ?

Les 100 premiers jours de Joe Biden ont comblé les investisseurs. La performance du Standard and Poors 500 sur son début de mandat bat tous ses records depuis la deuxième guerre mondiale. Joe Biden décroche la meilleure place de cette compétition, coiffant John F. Kennedy au poteau et écrasant Donald Trump, désormais troisième. Ce dernier lui avait attribué le sobriquet de « Sleepy Joe ». Mais Speedy Joe semble plus approprié, compte tenu de la vitesse d’exécution du nouveau président et du dynamisme des marchés. Les cent premiers jours ont couronné Joe Biden de lauriers. Mais les annonces les plus récentes semblent moins enthousiasmantes. L’état de grâce est-il terminé?

La rapidité des mesures prises par le nouveau président est impressionnante. Sur ses trois premiers mois, Joe Biden a utilisé 39 fois les décrets présidentiels. Ce rythme est le plus rapide après-guerre, trois fois supérieur à celui de Donald Trump, le président le plus frénétique depuis Jimmy Carter selon cette mesure. Des plans massifs ont ainsi pu être votés ou sont en cours de négociation. Ils boostent le moral des américains et des investisseurs internationaux. 
Rythme annuel de décrets par président

Source: https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_United_States_federal_executive_orders

Les cactus

Mais la majorité bleue au Sénat est ténue. Les Républicains sont regroupés en défense et les Démocrates ne peuvent se permettre aucune défection dans leurs rangs. Et justement, Joe Manchin, Sénateur de la Virginie de l’Ouest, commence à renâcler. FiveThirtyEight, qui suit les votes du Congrès, a constaté qu’il avait voté avec la position de Trump 50,4% du temps tout au long de sa présidence.  Les mesures pour les énergies propres et en défaveur des énergies fossiles lui ont déplu. Dans son Etat, l’emploi est effectivement très dépendant du charbon. Le plan de relance devra donc être âprement négocié, et, malgré la vétusté des infrastructures, tout ne pourra probablement pas passer. 
Âge des infrastructures aux Etats-Unis

Source: BEA, 2019

Gentleman cambrioleur

Joe Biden s’est dans un premier temps montré très généreux. Mais les plans devront être financés, au moins en partie. Et là aussi, Joe Biden a décidé d’être rapide : les premières annonces de remontée de la fiscalité sont déjà sur la table. Le taux marginal d’imposition sur les hauts revenus devrait remonter. Plus important, le taux d’imposition des entreprises devrait passer de 21 à 28%1

Cette hausse aura deux effets. Elle donne des arguments à ceux qui trouvent le plan d’infrastructures trop coûteux et risque ainsi de diviser les Démocrates. Et elle réduira les bénéfices des entreprises et des investisseurs. 

Autre hausse, celle de l’impôt sur les plus-values. Nous y voyons deux effets négatifs pour les indices, quoique probablement mineurs. D’une part, l’attractivité des actions à moyen terme est réduite par le surcroît d’imposition. D’autre part, certains investisseurs souhaiteront anticiper la hausse des taxes et vendront leurs positions avant la fin de l’année. A cet égard, l’impact sera probablement plus fort pour les valeurs ayant le plus progressé au cours des derniers mois. 
 
Taxes sur les revenus les plus élevés aux Etats-Unis

Source: Pictet Asset Management, CEIC, Datastream

Fais-pas ci, fais-pas ça

Nous pourrions assister à un renforcement de la réglementation. Certes, une législation réellement transformatrice nécessite une majorité de 60 sièges au Sénat, ce qui fait clairement défaut aux Démocrates. Mais la pression peut aussi s’exercer par décret sur des points mineurs ou en augmentant les budgets alloués aux administrations en charge du contrôle de la réglementation ou de l’antitrust. 

Concernant l’Antitrust en particulier, la pression sur les géants de l’internet monte et l’année 2020 a vu de nombreuses auditions au Sénat. En février 2021, une des ténor Démocrates, Amy Kobluchar, a présenté au Sénat sa proposition pour une modification des règles des fusions et acquisitions et une augmentation substantielle des ressources de l’Antitrust. Cette administration a subi des coupes budgétaires importantes et répétées depuis Barack Obama.

Ressources accordées aux administrations Antitrust

Source: : Department of Justice Antitrust Division Opérations, 22.07.2019. Les crédits accordés aux U.S. Department of Justice’s Antitrust Division et Federal Trade Commission sont déflatés par l'indice des prix à la production pour les services juridiques. https://www.justice.gov/atr/division-operations 

Le fond de l'air est frais

Enfin, en termes géopolitiques, le fond de l’air est frais, ainsi que le chantait Jacques Dutronc, dont nous fêtons l’anniversaire cette semaine. 
Le consensus à Washington semble clairement en faveur d’une confrontation avec la Chine. Ce pays, selon les Démocrates et les Républicains, ne respecte pas les règles du commerce international. De plus, les accords de Phase 1 sont loin d’être respectés. Après avoir fait le tour de ses alliés, Joe Biden devrait désormais durcir son attitude avec la Chine, qui, de son côté, ne semble guère impressionnée. Les marchés en seront plus volatiles.

Respect des accords de Phase 1 par la Chine au 31 mars 2021

Source: PIEE, « US-China phase one tracker: China’s purchases of US goods”, le 27 avril 2021

La Russie reviendra sporadiquement sur le devant de la scène géopolitique, soit pour son activisme sur internet soit comme aujourd’hui pour ses interventions armées. Mais il nous semble là que les primes de risque du marché actions russe sont suffisamment larges pour permettre au marché de résister. 

L'Iran pourrait réserver une bonne surprise. Les exportations pétrolières du pays sont au plancher et une levée des sanctions pourrait modérer les prix du pétrole, ce qui est bienvenu dans une reprise de cycle. Ceci reste à ce stade spéculatif.