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Marchés Emergents

Les marchés d’actions de grande Chine

L’investissement en actions chinoises, version longue et version courte

Mars 2019

Lan Wang Simond, Senior Investment Manager

Dans une interview accordée à Citywire, Lan Wang Simond, gérante d’investissement senior de Pictet Asset Management expose les règles pour investir sur le marché d’actions chinois.

Les investisseurs en actions chinoises n’ont pas été à la fête l’an dernier. Avec le ralentissement de l’économie et l’augmentation des tensions commerciales, le marché a été secoué par plusieurs poussées de volatilité. Le manque de confiance a pesé lourdement sur le marché et les convictions de longue date sur la croissance structurelle de la Chine n'ont pu le supporter. Les indices d’actions A onshore et H offshore les plus fréquents ont terminé 2018 en recul de 23,6% et 11,7%, respectivement.

En 2019, nous pourrions observer la même volatilité, car les investisseurs sont préoccupés à la fois par les questions géopolitiques et locales. La volatilité devrait perdurer tout au long de l’année, selon Lan Wang Simond, responsable et gérante d’investissement senior de l’équipe Greater China long-short.

«Nous restons prudents. Les marchés seront difficiles pour les investisseurs directionnels en actions long-only en Chine, à Hong Kong, à Taïwan et à travers toute l’Asie», affirme-t-elle. Outre la guerre commerciale sino-américaine et le ralentissement de la croissance chinoise, la saison des résultats qui s’ouvre en mars est sa première préoccupation, car elle permet de mesurer la santé des entreprises et les valorisations.

«Étant donné que la volatilité va se maintenir, nous préférons passer outre le bruit ambiant des marchés et exprimer nos convictions à l’aide de positions de valeur relative qui s’appuient sur notre recherche bottom-up», explique-t-elle.

Elle souligne rapidement qu’il existe encore de nombreuses sociétés de qualité aux perspectives solide à travers la grande Chine. Dans un contexte plus apaisé, les cours de leurs actions devraient se détacher et offrir des performances solides aux investisseurs long-only. Les adeptes de la sélection de titres bottom-up n’auraient aucun problème à construire leurs portefeuilles si les convictions suffisaient à assurer des plus-values en 2019, mais la sélectivité sera un critère essentiel. Par exemple, l’équipe a ouvert une position longue sur une société pharmaceutique boudée par les investisseurs en raison de son incapacité à fixer un prix satisfaisant sur un médicament, mais ceux-ci sous-estimaient le potentiel de son portefeuille de produits. Cette décision anticonformiste a jusqu’à présent payé.

«Sur le plan de la croissance, la transformation de la Chine et de l’économie se poursuit. La santé et la production à haute valeur ajoutée seront les vainqueurs structurels de demain», prédit-elle (voir le graphique) en ajoutant que l’équipe n’est pas particulièrement optimiste au sujet du secteur de la consommation dans son ensemble. Le secteur technologique ne connaîtra pas de bouleversement et restera morose tant que durera la transition causée par le déploiement de la 5G.

Dépenses de santé par habitant et ratio en Chine,  % du PIB 

(2008-2020E)

Dépenses de santé par habitant en Chine
Source: Bureau des statistiques, estimations de Nomura, données publiées couvrant la période allant du 31.12.2017 au 31.12.2017 

La confiance des marchés restera fragile et l’orientation à court terme de nombreuses valeurs peu évidente. Même les gagnants à long terme risquent d’être affectés par le pessimisme et les conditions macroéconomiques qui pèsent sur l’ensemble du marché.

«Sur le plan bottom-up, nous recherchons la visibilité des bénéfices, qui sera récompensée par le marché, comme tous les investisseurs. Malgré tout, compte tenu des vents contraires actuels, nous restons prudents face aux bilans dans la consommation et au désendettement en Chine. Les ventes d’articles de luxe risquent d’être faibles», explique-t-elle.

Aucun investisseur ne souhaite placer tous ses œufs dans le même panier, surtout lorsque la situation du marché est aussi difficile. La stratégie la plus courante consiste à diversifier ses choix d’actifs, à associer la promesse de croissance des actions aux qualités plus défensives des obligations. Lorsque les turbulences commencent, les investisseurs réduisent l’exposition en actions et recherchent la protection des obligations où ils le peuvent.

Depuis la crise financière mondiale, cette corrélation inverse s’est érodée. Les stratégies d’actifs mixtes long-only ont perdu une bonne partie des avantages liés à la diversification étant donné qu’actions et obligations ont synchronisé leurs hausses et leurs corrections. Dans cette situation, la protection du capital est fortement affectée lorsque les deux classes d’actifs chutent.

«L’association des actions et des obligations n’est plus source de diversification, cette relation ne fonctionne tout simplement plus. Le resserrement quantitatif ne devrait pas aider alors que les hausses de taux se propagent des États-Unis et d’Europe vers l’Asie et la Chine», déplore-t-elle. 

Une stratégie long-short comme Pictet Mandarin Total Return peut proposer aux investisseurs une solution qui profite des gains structurels à long terme, mais offre une protection en cas de durcissement des conditions de marché. Cette stratégie investit dans des positions longues en action A et H et est également exposée à des actions internationales dont le succès est fortement lié à la Chine. Elle peut également s’appuyer sur des faiblesses du marché dans son ensemble ou de certains titres individuels au travers de positions courtes et d’instruments dérivés qui génèrent des performances positives lorsque les actifs reculent en valeur absolue ou relative.

«Sur le long terme, nous souhaitons rester sur le marché pour la croissance, mais nous avons également besoin de protéger nos investisseurs contre la volatilité. Lorsque les marchés sont propices au risque, nous augmentons notre exposition longue nette. Nous pouvons également parier contre les baisses, ce qui adoucit les pics et contribue à la performance d’ensemble», affirme Wang Simond.

Les stratégies long-short présentent également d’autres avantages au sein de la grande Chine, une zone où la différence entre les valeurs les plus performantes et les plus faibles est généralement supérieure à celle des marchés développés, à l’image du S&P 500. Parier sur les étoiles montantes contre les anges déchus peut générer des performances supérieures. Comme le montre Wang Simond, cette forte dispersion devrait se maintenir, étant donné que les tensions commerciales mondiales monopolisent l’esprit des investisseurs et que le resserrement monétaire s’installe.

L’investissement dans l’univers des actions A et H propose un grand nombre de secteurs, de sociétés et de capitalisations. L’équipe bottom-up analyse chaque secteur, y recherche les sociétés qui devraient profiter de la croissance et des changements structurels ainsi que celles qui devraient passer à côté. Des positions sont ensuite ouvertes dans une perspective directionnelle, en identifiant les gagnants et les perdants, ou la valeur relative à l’aide de paires de positions.

L’exposition à des titres en particulier est réalisée au travers d’achats d’actions ou d’instruments dérivés qui proposent des performances comparables aux actions, notamment pour les positions courtes. L’équipe peut également gérer la sensibilité du portefeuille au marché à l’aide des indices, généralement grâce aux options et aux contrats à terme.

«Le pilier d’une stratégie long-short est la gestion du risque, notamment pour une stratégie orientée vers les marchés émergents, qui offre une liquidité quotidienne aux investisseurs.»

«Longs ou courts, nos investissements sont généralement réalisés dans des valeurs liquides de grande ou très grande capitalisation afin de pouvoir rapidement changer une position en cas de besoin», explique-t-elle.
Passer outre le bruit ambiant des marchés et se concentrer sur les opinions long/short à forte conviction.

L’équipe bénéficie également d’une longue expérience, qui l’aide à s’orienter dans des marchés complexes. Wang Simond investit dans la région depuis plus de 25 ans et a traversé de nombreux cycles de marché et périodes d’instabilité des marchés en raison de la situation macroéconomique. L’équipe s’appuie par ailleurs sur les employés et les infrastructures de Pictet Asset Management. Puisque le côté opérationnel et les transactions sont pris en charge, elle peut se consacrer à 100% à la gestion de la stratégie et à la recherche d’opportunités long-short au niveau des titres et des marchés.

La volonté de la Chine d’ouvrir ses marchés aux investisseurs mondiaux est une bonne nouvelle pour des acteurs comme Wang Simond et l’équipe Mandarin Total Return. Jusqu’à présent, la Chine a toujours restreint le nombre d’actions pouvant faire l’objet d’une position courte, ainsi que les périodes où cela était possible. L’ouverture des programmes Stock Connect, qui relient les marchés de Hong Kong, Shanghai et Shenzhen, a augmenté la disponibilité des outils à leur disposition. L’intégration de la Chine aux indices MSCI signifie que de nouveaux instruments destinés à générer des positions courtes au niveau des marchés et des indices vont progressivement se généraliser.

L’équipe pourra pleinement s’appuyer sur toute l’étendue de ses compétences, de ses ressources et de ses outils d’investissement en 2019. Alors que les marchés et les actions ont connu des revalorisations importantes, les possibilités de trouver des titres solides et largement sous-évalués sont nombreuses. Certaines actions ont tout de même vu leur cours chuter pour une bonne raison. Le secret consiste à déterminer lesquelles entrent dans chaque catégorie, et pour quelle raison, puis à se positionner en conséquence.

«Des opportunités ont vu le jour, mais s’agit-il vraiment d’opportunités ou d’une correction justifiée? Nous cherchons à façonner une opinion constructive, mais nous nous préparons au pire, y compris à la volatilité», affirme Wang Simond.

«C’est la sélection des titres qui est au cœur de notre stratégie, pas la géopolitique. Toute mauvaise nouvelle sur la scène internationale aura cependant un effet sur la confiance et la liquidité dans la région, étant donné que les flux peuvent rapidement changer de direction», ajoute-t-elle.