ABONNEZ-VOUS À NOTRE LETTRE D'INFORMATION

Pour suivre nos actualités et nos analyses de marché

Décryptage

Placements obligataires et monétaires : ce qu’il faut savoir

Avril 2020

Outre les actions, on trouve aussi sur les marchés financiers des obligations et des placements monétaires. Ces classes d’actifs sont plébiscitées en période de forte volatilité. Elles suivent des règles qu’il vaut mieux connaître.

Le coronavirus a pris les marchés de court : entre le 19 février et le 19 mars, le CAC 40 a perdu 36,9 %, l’indice Dow Jones américain 31,5 % et le Nikkei japonais 28,5 %. Les actions ont souffert, et les investisseurs regardent avec intérêt une autre classe d’actifs : les obligations et les placements monétaires.
Contrairement aux actionnaires, les propriétaires d’une obligation ne détiennent pas une part du capital d’une entreprise, ils possèdent une créance. En achetant une obligation, ils prêtent une somme d’argent à un État ou à une société. Une obligation est le plus souvent émise pour une durée définie à l’avance, avec un taux d’intérêt défini lui aussi à l’avance, le coupon. A l’émission de l’obligation, l’acquéreur avance un capital. Tous les ans, il reçoit le coupon déterminé à l’avance, alors que les dividendes attachés aux actions peuvent, eux, varier d’une année à l’autre et même être supprimés La dernière année, il perçoit encore son coupon, et l’émetteur de l’obligation lui rembourse le capital.

Obligations : plus l’émetteur est solide, plus le rendement est faible

Un investisseur en obligations a deux possibilités : soit il laisse courir son obligation jusqu’à son échéance, soit, en cours de route, il la revend sur les marchés. Car les obligations sont des instruments cotés. Elles évoluent en fonction des taux d’intérêt du marché. Par exemple, si un État émet une première obligation à un taux d’intérêt de 2%, et que le même État emprunte l’année suivante à 1%, la première obligation s’apprécie puisque son rendement est supérieur de 1% à ce qui peut être désormais obtenu. A l’inverse, si l’année suivante, le même État émet des obligations avec un coupon de 3%, la valeur de la première obligation, émise avec un coupon de 2% seulement, diminue, puisque les investisseurs qui entrent sur le marché préfèreront la nouvelle obligation, plus rémunératrice. Notons que, si le propriétaire de l’obligation à 2% la conserve jusqu’à échéance, il percevra bien ses 2% de coupon annuel, comme prévu à l’achat.

Tous les emprunteurs ne se valent pas : plus l’émetteur de l’obligation est solide, plus le coupon offert est bas. A l’inverse, lorsque le risque de défaut est important, c’est-à-dire qu’il y a des probabilité matérielles que l’État ou l’entreprise qui emprunte fasse faillite et ne puisse pas rembourser le capital, le taux d’intérêt réclamé par l’investisseur est élevé. Ce dernier souhaite en effet être rémunéré pour le risque qu’il prend. C’est d’ailleurs la raison d’être des grandes agences de notation : elles évaluent la qualité de la dette des États et des entreprises qui font appel au marché pour leurs emprunts, et guident ainsi les investisseurs dans leurs choix.

On peut ainsi distinguer deux grandes catégories d’obligations :

  • Les obligations émises par les entreprises et les États, appelées « Investment Grade » et jugées solvables par les agences de notation, avec un risque de défaut très faible.
  • Les obligations « High Yield », à haut rendement, émises par des entreprises ou des États présentant un risque de défaut plus élevé.

Avant la crise sanitaire, les placements obligataires avaient moins la cote

Dans les portefeuilles des investisseurs, les obligations « Investment Grade » ont souvent du poids, et elles constituent généralement un amortisseur lorsque les actions baissent. Les fameux fonds en euros des contrats d’assurance vie sont majoritairement investis en obligations « Investment Grade ».

Pourtant, ces dernières années, ces obligations ont vu leur cote décliner auprès des investisseurs. Dans un mouvement général et quasiment ininterrompu depuis dix ans lié à la baisse des taux d’intérêts, elles offrent un rendement de plus en plus faible. En 2019, beaucoup d’emprunts d’État à 10 ans ont même vu leur taux d’intérêt passer en zone négative. Une situation inédite dans laquelle les investisseurs devaient alors payer pour prêter.

En outre, le caractère de « valeur sûre » des obligations d’État a été sévèrement écorné par la crise de la dette grecque, en 2011, qui s’est soldée par l’effacement d’une partie de la dette du pays. Pour les investisseurs en obligations grecques, cela signifie que la moitié environ de leur investissement initial a été perdu.

Dans ce contexte, un grand nombre d’investisseurs ont préféré augmenter la part des actions dans leurs portefeuilles. Certes, les actions étaient plus risquées, mais au moins étaient-elles mieux rémunérées, les taux de dividendes distribués dépassant largement les coupons obligataires. 

Investir avec précaution

Avec la crise liée au coronavirus, les obligations retrouvent leurs lettres de noblesse. Toutefois, il faut y investir avec précaution, et en connaissance de cause. « Les plans de relance engagés par les États vont leur coûter très cher, et ils devront émettre de grandes quantités d’obligations dont la qualité de crédit aura baissé, explique Frédéric Rollin, porte-parole de la stratégie d’investissement chez Pictet Asset Management. Certains investisseurs y voient les prémices d’une hausse des taux d’intérêt. Nous n’y croyons pas, car nous constatons que depuis vingt ans, la hausse des dettes des États n’a pas empêché la baisse des taux d’intérêt. Nous pensons qu’ils resteront durablement bas, et peut-être même plus bas qu’actuellement. Les principaux déterminants des taux d’intérêt, qui sont la croissance économique et l’inflation, seront faibles. »

Les dettes d’entreprises « Investment Grade » sont un peu mieux rémunérées, mais sur ce terrain, Frédéric Rollin et son équipe avancent avec prudence. « Les entreprises, même bien notées, avaient déjà un niveau d’endettement élevé en regard de leur notation. La crise intervient donc à un moment où elles sont en tension financière. Même si les États ont annoncé des aides très importantes, il n’est pas certains que leurs niveaux de trésorerie soient satisfaisants à la sortie du confinement. Beaucoup d’entreprises « Investment Grade » seront dégradées en « High Yield ». Pour le moment, les investisseurs en obligations ne sont pas encore rassurés. Voir des sociétés renoncer au versement de leurs dividendes pour reconstituer une partie de leur trésorerie sera un signe encourageant. »

Enfin, les obligations « High Yield » ont vraiment souffert : beaucoup d’investisseurs ont cherché à s’en débarrasser et leur cours a lourdement chuté. « Le mouvement a été très brutal et nous semble exagéré, note Frédéric Rollin. A long terme, les niveaux de rendements à attendre restent importants et permettent d’absorber des taux de défaut historiquement élevés, mais, à court terme, avec cette classe d’actifs, il faudra être prêt à supporter une forte volatilité et n’y investir qu’une partie marginale de son portefeuille. »

Il existe également des placements obligataires à très court terme. Lorsque leur durée est inférieure ou égale à un an, on parle alors de placements monétaires. « Leurs taux sont négatifs mais ils ne sont pas sujets à d’importantes variations, poursuit Frédéric Rollin. Ce sont des solutions à privilégier pour de l’épargne de précaution, par exemple, pour ceux qui envisagent un achat important dans les mois qui viennent ou qui veulent conserver un minimum d’épargne en cas de baisse de revenu. Le monétaire leur permet de protéger leur capital. Même s’il se déprécie très légèrement en raison des taux d’intérêt négatifs, il ne sera généralement pas soumis à un important alea de marché ».

Points essentiels à retenir 

  • Les placements monétaires et obligataires de qualité jouent un rôle d’amortisseur lorsque les actions chutent lourdement.
  • Certaines classes d’obligations, notamment les obligations d’entreprises fortement endettées, peuvent souffrir en cas de crise.
  • Les placements monétaires sont moins soumis aux aléas des marchés mais ils offrent actuellement une rémunération négative.