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Allocation d'actifs

les répercussions sur les investissements de la guerre commerciale sino-américaine

La guerre et pas de paix

Mai 2019

Luca Paolini, Chief Strategist, Patrick Zweifel, Chief Economist

Les effets d’une guerre commerciale à grande échelle s’étendront bien au-delà des États-Unis et de la Chine et font peser la menace de la stagflation sur le monde entier.

Quand le commerce s’enraie, tout le monde y perd.

Les investisseurs doivent donc se préparer à subir certaines retombées de la surenchère menée par la Chine et les États-Unis: Pékin a annoncé des droits de douane supplémentaires en représailles à la décision de Washington d’augmenter les taxes sur l’importation de 200 milliards USD de marchandises chinoises.

Nos calculs indiquent qu’une guerre commerciale à grande échelle entre la première économie de la planète et la deuxième pourrait entraîner l’économie mondiale dans la récession et causer un fort recul des actions dans le monde.

Notre modèle montre que si des droits de douane de 10% sur le commerce américain étaient intégralement répercutés sur les consommateurs, l’inflation mondiale augmenterait d’environ 0,7 point de pourcentage.

Cela pourrait ensuite réduire les bénéfices des entreprises de 2,5% et causer une chute des ratios cours-bénéfice pouvant atteindre 15%.

Tout cela signifie que les actions mondiales pourraient céder quelque 15 à 20%. Cela risque donc de ramener les marchés boursiers mondiaux à leur niveau d’il y a trois ans. Les rendements obligataires américains pourraient chuter, mais l’ampleur de la baisse serait limitée, en raison de l’effet inflationniste des droits de douane.

Washington et Pékin pourront peut-être encore parvenir à un accord d’ici à la réunion du G20 de juin, mais, en cas d’échec, les hausses de droits de douane prévues pourraient peser sur leurs deux économies: nous estimons que les mesures actuelles sur le commerce pourraient faire perdre 0,5% à la croissance chinoise et 0,2% à la croissance américaine.

Pour couronner le tout, les effets d’une guerre commerciale se feront sentir bien au-delà des deux premières économies de la planète. Des économies ouvertes comme celles de Singapour et Taïwan, en Asie, ou encore de Hongrie, de République tchèque et d’Irlande, en Europe, pourraient être plus exposées que les États-Unis et la Chine (voir le graphique).

les économies mondialisées courent un risque
Taux de participation aux chaines de valeur mondiales*, pourcentage des exportations totales
graphique sur la mondialisation
* L’OMC définit le taux de participation comme le contenu étranger à valeur ajoutée des exportations d’un pays + la valeur ajoutée fournie aux exportations d’autres pays. Source: Pictet Asset Management, CEIC, Refinitiv

Parmi les marchés d’actions, Wall Street souffrirait davantage d’une escalade de la guerre commerciale que les autres places boursières, contrairement aux idées reçues.

Les États-Unis constituent en effet le marché le plus onéreux de notre modèle de valorisation et sa composition sectorielle est plus sensible aux variations de la situation économique. D’après les ratios cours-bénéfice de 2019, les valeurs du marché américain s’échangent à un niveau 30% plus élevé que leurs homologues d’Europe, du Japon et des marchés émergents.

Ce sont les actions cycliques et en particulier, les secteurs les plus chers, comme les biens de consommation discrétionnaire et les technologies de l’information, qui souffriront probablement le plus, tandis que les titres des exportateurs chinois devraient également être mis sous pression.

Les investisseurs ne doivent pas parier sur le fait que la Fed va apporter un soutien supplémentaire au-delà de ce qui est déjà prévu – les marchés financiers ont déjà intégré la perspective d’une baisse de 25 points de base des taux d’intérêt avant la fin de l’année.

Le portrait dressé par notre analyse est comparable à ce que les investisseurs ont déjà expérimenté. L’histoire des marchés financiers nous a montré que la levée de grandes barrières commerciales n’est pas bonne pour les marchés d’actions: le S&P 500 a ainsi perdu 10% au cours du trimestre qui a suivi l’imposition par le président Nixon de droits de douane de 10% à la mi-1971.

Comme l’expérience n’a de cesse de nous le rappeler, les guerres commerciales n’ont jamais de vainqueur.